L’heure est venue.
L’heure est venue pour les Africains d’achever le voyage et d’embrasser pleinement leur destinée. Le temps de parachever la décolonisation est arrivé. La seule véritable décolonisation est celle de l’esprit.
Ne nous laissons pas détourner par les multiples courants politiques, idéologiques, philosophiques ou religieux qui traversent aujourd’hui nos sociétés. La bataille fondamentale est mentale. C’est elle qui conditionne toutes les autres.
Sortons de notre léthargie.
Pour y sortir, nous devons avoir le courage de nous dépouiller des habits que l’histoire coloniale nous a imposés. Des habits qui façonnent encore notre manière de penser, de nous percevoir et de percevoir le monde. Les vêtements de la religion — catholicisme, islamisme, judaïsme, franc-maçonnerie, rose-croix et autres — car ils perpétuent notre soumission mentale en nous laissant croire à une appartenance librement consentie. Pourtant, il s’agit d’une machine finement huilée qui ne nous laisse pratiquement aucun moyen de nous en affranchir, si ce n’est à travers un déni collectif de cette réalité. Car ils continuent souvent de nourrir des formes de dépendance mentale en nous donnant l’illusion d’une appartenance librement choisie, alors qu’ils reproduisent parfois des schémas hérités de la domination.
Face à ce constat, certains proposent de nouvelles voies : réformer les États selon les principes démocratiques, bâtir de nouveaux modèles politiques ou encore créer des systèmes spirituels fondés sur le syncrétisme des traditions africaines à l’image du courant kamite. Ces réflexions ont leur place dans le débat. Cependant, la transformation la plus profonde commence ailleurs : dans le rapport que chacun entretient avec lui-même, sa famille, son histoire et sa communauté.
La première école de vie est celle de nos parents, de nos anciens et de notre héritage familial. Les valeurs, les exigences, les principes et les enseignements qu’ils nous transmettent constituent un socle sur lequel nous pouvons reconstruire notre confiance collective. C’est en retrouvant cette colonne vertébrale que nous pourrons mener et gagner cette bataille, qui est avant tout psychologique.
Alors seulement nous serons capables de reprendre pleinement le contrôle de notre existence et de construire notre propre destinée.
Retournons à nos sources. Car c’est dans nos histoires familiales, dans nos langues, dans nos mémoires et dans nos traditions que se trouvent des clés essentielles de notre développement personnel et collectif.
Laissons Freud, Pythagore, Abraham, Jésus et les autres références qui occupent constamment notre imaginaire. Accordons une place centrale à nos propres références. Parlons davantage de nos ancêtres, de nos héros, de nos bâtisseurs. Parlons de KANTÉ, de FOWOUE, de CHAKA, de DIAKITÉ, de NGUESSAN et de tant d’autres dont les parcours peuvent nourrir notre imaginaire et renforcer notre confiance en nous-mêmes.
Comprenons que c’est le premier pas qui donne sa valeur au chemin. Car il met le mouvement en marche. Et c’est en avançant, pas après pas, que l’on découvre le monde, les autres et soi-même.
Libérons-nous de tout ce qui continue d’exercer une autorité excessive sur notre esprit et d’alimenter un sentiment de supériorité psychologique extérieure. L’avenir de nos peuples dépend de notre capacité à penser par nous-mêmes, à nous réapproprier notre histoire et à construire notre propre vision du monde.
Il en va de notre avenir commun.






